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Comment le Private Equity français soutient le développement des deeptech

Chloe Dubois mai 18, 2026 18 minutes lues
Investissement deeptech français

Comment le Private Equity français soutient le développement des deeptech

Temps de lecture estimé : 14 minutes

Imaginez une startup qui développe un réacteur à fusion nucléaire de poche, un algorithme quantique capable de révolutionner la logistique mondiale, ou encore une thérapie génique ciblant les cancers réfractaires. Ces projets ne relèvent plus de la science-fiction — ils émergent aujourd’hui des laboratoires français. Mais entre la preuve de concept et la mise sur le marché, il y a un gouffre financier que peu d’acteurs savent traverser. C’est précisément là que le Private Equity entre en scène.

En 2026, la France s’est positionnée comme l’un des leaders européens de la deeptech, portée par un écosystème de financement de plus en plus sophistiqué. Mais comment fonctionne réellement ce soutien ? Quels mécanismes permettent à des fonds d’investissement de parier sur des technologies dont les cycles de développement s’étendent sur dix à quinze ans ? Et surtout, comment en tant qu’entrepreneur, chercheur ou investisseur, pouvez-vous naviguer dans cet écosystème avec intelligence ?

Plongeons dans les rouages d’une alliance stratégique qui façonne l’avenir industriel de la France.


Table des matières

  1. Deeptech : de quoi parle-t-on vraiment ?
  2. L’écosystème du Private Equity deeptech en France
  3. Les mécanismes de financement spécifiques
  4. Études de cas : quand le PE transforme la science en entreprise
  5. Les défis spécifiques du financement deeptech
  6. Comparatif des principaux fonds deeptech français
  7. Les secteurs deeptech les plus financés en 2026
  8. FAQ
  9. Votre feuille de route pour l’écosystème deeptech

Deeptech : de quoi parle-t-on vraiment ?

Le terme deeptech — ou technologie de rupture profonde — désigne des entreprises fondées sur des avancées scientifiques ou des innovations technologiques majeures, nécessitant des années de R&D intensive avant toute commercialisation. On les distingue des startups technologiques classiques par trois caractéristiques fondamentales :

  • Des barrières à l’entrée très élevées : la propriété intellectuelle, les brevets et le savoir-faire constituent un rempart quasi infranchissable pour les concurrents.
  • Des cycles de développement longs : de 7 à 15 ans entre la découverte scientifique et la mise sur le marché.
  • Des besoins en capital considérables : plusieurs dizaines, voire centaines de millions d’euros avant d’atteindre la rentabilité.

Les secteurs concernés couvrent un spectre large : intelligence artificielle avancée, biotechnologies, matériaux avancés, photonique, informatique quantique, énergie propre, robotique et agrotech. En France, ces domaines concentrent aujourd’hui une part croissante des investissements en capital-risque et en Private Equity.

Selon France Invest, en 2025, les investissements dans les startups deeptech françaises ont atteint 4,2 milliards d’euros, représentant plus de 28% du total des levées de fonds technologiques nationales. En 2026, cette proportion continue de progresser, portée par la maturité croissante des acteurs et la structuration de véhicules d’investissement dédiés.

Pourquoi la deeptech est-elle stratégiquement prioritaire ?

La France a compris depuis plusieurs années que la compétitivité économique du futur se joue sur le terrain de l’innovation de rupture. Contrairement aux startups SaaS dont les valorisations peuvent s’envoler rapidement mais reposer sur des fondamentaux fragiles, les entreprises deeptech construisent des actifs tangibles et défendables — brevets, procédés industriels, données propriétaires — qui confèrent une valeur durable.

Pour le Private Equity, c’est à la fois une opportunité et un défi. L’opportunité : des multiples de valorisation potentiellement extraordinaires à la sortie. Le défi : accepter une incertitude technologique et temporelle que les modèles classiques de rendement peinent à modéliser.


L’écosystème du Private Equity deeptech en France

L’écosystème français s’est considérablement structuré depuis le lancement du plan Deeptech de Bpifrance en 2019. En 2026, on peut identifier quatre grandes catégories d’acteurs qui jouent un rôle déterminant dans le financement du développement de ces entreprises.

Les fonds spécialisés deeptech

Ces véhicules d’investissement ont développé une expertise sectorielle pointue, avec des équipes incluant souvent des docteurs, des ingénieurs et des chercheurs capables d’évaluer la robustesse scientifique d’un projet. Parmi les plus actifs en France :

  • Aster Capital : pionnier du secteur, avec des participations dans des entreprises comme Hysilabs (stockage d’hydrogène) et des projets d’énergie décarbonée.
  • 360 Capital : positionné sur la deeptech industrielle et les sciences du vivant.
  • Supernova Invest : adossé à des grands groupes industriels (CEA, Schneider Electric), spécialisé dans les technologies issues de la recherche publique.
  • Elaia Partners : actif dans le quantique, l’IA et les sciences de la vie.
  • Breega : fonds pan-européen basé à Paris, de plus en plus présent sur les sujets deeptech industriels.

Les fonds corporates et CVCs

Les Corporate Venture Capital (CVC) jouent un rôle croissant. Des groupes comme TotalEnergies Ventures, Airbus Ventures ou encore Michelin Ventures apportent non seulement du capital mais aussi des ressources industrielles — accès à des pilotes commerciaux, infrastructures de test, réseaux de distribution — qui accélèrent considérablement le développement des startups.

En 2025, les CVCs ont participé à 41% des tours de table en série B et C dans la deeptech française, selon une étude menée par Dealroom pour l’écosystème French Tech.

Bpifrance : le catalyseur public

Il serait impossible de parler du Private Equity deeptech français sans mentionner Bpifrance. La banque publique d’investissement joue un rôle de catalyseur unique : elle co-investit en amorçage, structure des fonds de fonds dédiés (comme le Large Venture), et garantit des prêts à l’innovation qui permettent aux fonds privés de réduire leur exposition au risque technologique.

Son programme i-Lab, qui a distribué plus de 300 millions d’euros en bourses depuis sa création, constitue le premier filet de sécurité pour les projets les plus amont. La progression vers le financement en fonds propres se fait ensuite de manière articulée avec les acteurs privés.

Les family offices et investisseurs patrimoniaux

Depuis 2023, une nouvelle catégorie d’investisseurs a fait son entrée dans l’univers deeptech : les family offices français et européens. Séduits par le profil risque/rendement de long terme et les avantages fiscaux liés au dispositif IR-PME, ils allouent désormais entre 5 et 15% de leurs portefeuilles à des participations directes ou via des fonds spécialisés.


Les mécanismes de financement spécifiques à la deeptech

Le financement d’une entreprise deeptech ne suit pas le schéma classique d’une startup SaaS. Il existe des instruments spécifiques, souvent hybrides, qui permettent de s’adapter aux contraintes particulières de ces entreprises.

Le financement par étapes technologiques (milestone-based)

Contrairement aux rounds classiques basés sur des métriques commerciales (ARR, CAC, churn), le financement deeptech repose souvent sur des jalons technologiques : obtention d’un brevet clé, validation d’un prototype fonctionnel, résultats d’essais cliniques de phase 2, démonstration d’une efficacité à l’échelle. Cette approche réduit le risque pour l’investisseur en conditionnant les tranches de financement à des preuves objectives.

En pratique, un fonds comme Supernova Invest peut structurer un investissement initial de 3 millions d’euros, avec une clause de suivi automatique de 5 millions supplémentaires déclenchée à l’atteinte d’un TRL (Technology Readiness Level) prédéfini.

Les obligations convertibles adaptées

Les BSA Air (Bons de Souscription d’Actions) et les SAFE (Simple Agreement for Future Equity) adaptés au contexte français permettent d’injecter du capital rapidement, sans avoir à valoriser l’entreprise à un stade où celle-ci dispose de peu de métriques commerciales. Ces instruments sont particulièrement utilisés lors des tours d’amorçage deeptech, où la valeur réside entièrement dans le potentiel scientifique.

Le co-investissement public-privé

Le modèle français de co-investissement entre fonds publics (Bpifrance, Région, ANR) et fonds privés est une particularité nationale qui a fait ses preuves. Il permet de mutualiser les risques et d’attirer des capitaux privés sur des projets qui, seuls, auraient du mal à trouver preneur. En 2025, 73% des levées deeptech supérieures à 10 millions d’euros incluaient au moins un acteur public parmi les souscripteurs.

Les structures de royalties et licences

Pour les deeptech issues du monde académique (transfert de technologie depuis des laboratoires CNRS, CEA, INRIA), des mécanismes de royalties inversées permettent au fonds d’investissement d’avancer le capital nécessaire en échange d’un pourcentage des revenus futurs, sans diluer excessivement les fondateurs-chercheurs dès les premières étapes.


Études de cas : quand le Private Equity transforme la science en entreprise

Cas 1 — Alice & Bob : le quantique à portée industrielle

Alice & Bob est l’une des startups deeptech françaises les plus emblématiques de ces dernières années. Fondée par des chercheurs de l’ENS et du CEA, elle développe des ordinateurs quantiques à base de qubits à chats — une architecture qui promet une correction d’erreurs nativement plus efficace que les approches concurrentes.

En 2023, la startup a levé 30 millions d’euros en série A, puis en 2025, un tour de série B de 100 millions d’euros co-dirigé par Bpifrance Large Venture et plusieurs fonds européens. Ce financement illustre parfaitement la mécanique deeptech : cinq ans de recherche fondamentale, une valorisation progressive basée sur des jalons scientifiques, et une structuration progressive vers la commercialisation.

Pour les investisseurs, l’équation est claire : si la technologie quantique d’Alice & Bob tient ses promesses, les retours potentiels sur investissement se comptent en multiples à trois chiffres. Le risque est réel, mais le potentiel de transformation industrielle — cryptographie, optimisation logistique, découverte de médicaments — justifie la prise de position.

Cas 2 — Carbios : la chimie verte au service de l’économie circulaire

Carbios, introduite en bourse mais longtemps soutenue par des fonds de Private Equity, incarne le parcours typique d’une deeptech industrielle française. Son procédé enzymatique de dépolymérisation du PET (plastique) a nécessité plus de dix ans de R&D et plusieurs centaines de millions d’euros d’investissement avant d’atteindre l’échelle industrielle.

Parmi ses soutiens historiques : Mérieux Développement et des investisseurs industriels comme L’Oréal et Nestlé, qui ont vu dans ce partenariat une opportunité de sécuriser leur approvisionnement en plastique recyclé certifié. En 2026, Carbios opère sa première usine commerciale à Longlaville, validant le modèle économique après une décennie d’incertitude.

La leçon pour les investisseurs PE : la patience stratégique est une compétence à part entière dans la deeptech. Les fonds qui ont maintenu leur position malgré les délais ont bénéficié de multiples significatifs à la sortie partielle.


Les défis spécifiques du financement deeptech

Financer la deeptech n’est pas une activité pour les âmes sensibles. Trois défis majeurs structurent l’expérience des investisseurs PE dans ce domaine.

Le « valley of death » technologique

Entre la phase de recherche subventionnée (ANR, H2020, ERC) et la première levée de fonds privée significative, existe un no man’s land financier que l’on appelle la « vallée de la mort ». Beaucoup de projets prometteurs s’y perdent, faute de capitaux pour franchir le TRL 4-6 (du prototype en laboratoire au prototype fonctionnel en environnement réel).

La solution ? Des fonds d’amorçage deeptech spécialisés comme Polytechnique Ventures, X-Tech ou les fonds régionaux adossés aux SATT (Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies). Ces acteurs acceptent un risque technologique maximal en échange de conditions d’entrée très favorables.

La valorisation des actifs intangibles

Comment valoriser une entreprise dont la valeur principale réside dans un brevet non encore commercialisé, une équipe de chercheurs et une feuille de route scientifique ? Les méthodes DCF (Discounted Cash Flow) classiques sont inadaptées. Les fonds PE deeptech recourent à des approches spécifiques :

  • Valorisation par comparaison avec des transactions similaires dans le secteur
  • Modèles de valorisation par options réelles (Real Options Valuation)
  • Évaluation de la puissance du portefeuille de brevets via des indicateurs bibliométriques
  • Due diligence technique approfondie impliquant des experts scientifiques indépendants

Le recrutement et la rétention des talents

Une deeptech ne peut se développer sans ses cerveaux. Or, la concurrence pour attirer des chercheurs de haut niveau est féroce — les GAFAM, les laboratoires publics bien dotés et les startups américaines bien financées sont en compétition permanente. Les fonds PE qui accompagnent des deeptech doivent souvent co-concevoir les packages de rémunération (BSA, BSPCE) pour fidéliser les équipes sur le long terme.


Comparatif des principaux fonds deeptech français actifs en 2026

Fonds Taille du fonds Stades cibles Secteurs prioritaires Ticket moyen
Bpifrance Large Venture 2,5 Mds € Série B à D Tous secteurs deeptech 30–150 M€
Supernova Invest 280 M€ Amorçage à Série A Énergie, industrie, matériaux 2–15 M€
Elaia Partners 350 M€ Amorçage à Série B Quantique, IA, sciences de la vie 5–25 M€
360 Capital 400 M€ Seed à Série B Biotech, industriel, climat 3–20 M€
Aster Capital 320 M€ Série A à C Énergie, mobilité, industrie 4.0 5–30 M€

Les secteurs deeptech les plus financés en France en 2026

Voici une visualisation des proportions d’investissements PE alloués par secteur deeptech en France (données estimées 2026, source : France Invest / Dealroom) :

Répartition des investissements PE deeptech par secteur (2026)

Biotech & Santé 34%
⚡ Énergie & Climat 27%
IA & Robotique avancée 19%
⚛️ Quantique & Photonique 12%
Agrotech & Matériaux 8%

Source : estimations France Invest / Dealroom, données 2026 agrégées sur les tours de table PE et VC deeptech > 1 M€.


Le rôle du contexte réglementaire et fiscal

Si le Private Equity soutient la deeptech française avec autant d’enthousiasme, ce n’est pas uniquement pour des raisons de conviction. Le cadre réglementaire et fiscal joue un rôle déterminant.

Les dispositifs fiscaux qui facilitent l’investissement

Le régime JEI (Jeune Entreprise Innovante) offre des exonérations de charges sociales sur les salaires des chercheurs, réduisant significativement le coût opérationnel des deeptech en phase de développement — et donc leur besoin en capital. Cette mécanique rend les projets plus attractifs pour les fonds qui calculent leur runway financier.

Le Crédit Impôt Recherche (CIR), remboursant jusqu’à 30% des dépenses de R&D éligibles, constitue une source de trésorerie non dilutive précieuse. En 2025, les startups deeptech françaises ont collectivement bénéficié de plus de 850 millions d’euros de CIR, selon les données de la DGFiP.

Par ailleurs, la réforme du statut BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d’Entreprise) introduite en 2024 a élargi leur accessibilité aux entreprises de moins de 15 ans, permettant aux fonds d’inclure davantage de startups deeptech en phase de croissance dans leurs structures d’incentivation.

L’impact de la réglementation européenne

Le règlement européen DORA et les directives sur l’IA Act ont créé à la fois des contraintes et des opportunités pour les deeptech. D’un côté, les exigences de conformité augmentent les coûts de développement. De l’autre, elles créent des barrières à l’entrée supplémentaires qui renforcent la valeur compétitive des acteurs déjà établis — ce qui rassure les investisseurs PE sur la durabilité de leur avantage concurrentiel.


Stratégies de sortie : comment les fonds PE réalisent-ils leur investissement ?

L’un des aspects souvent négligés dans les discussions sur le financement PE deeptech concerne les stratégies de sortie. Pour un fonds dont l’horizon est de 10 à 12 ans, comment se matérialise concrètement le retour sur investissement ?

L’introduction en bourse (IPO)

Pour les deeptech ayant atteint une taille critique et une validation commerciale, l’IPO reste la voie royale. Euronext Paris et Euronext Growth accueillent régulièrement des entreprises issues de l’écosystème deeptech. En 2025, Exail Technologies (anciennement iXblue) et plusieurs biotech ont rejoint la cote, permettant aux fonds actionnaires de réaliser des sorties progressives.

Les cessions industrielles

La vente à un industriel stratégique constitue la sortie la plus fréquente dans la deeptech. Des groupes comme TotalEnergies, Safran, Sanofi ou Michelin sont des acquéreurs naturels pour des technologies complémentaires à leur activité. Ces transactions permettent souvent des multiples élevés, car l’acheteur paye une prime stratégique liée à la valeur d’intégration dans sa propre chaîne de valeur.

Les tours secondaires et recapitalisations

Dans un contexte où certaines deeptech ont besoin de temps supplémentaire avant une exit primaire, les transactions secondaires permettent à un fonds de sortir partiellement en revendant sa participation à un autre fonds de PE ou à un investisseur de growth equity. Ce marché secondaire deeptech s’est considérablement développé en France depuis 2023.


FAQ : Vos questions clés sur le PE et la deeptech

Quelle est la différence entre un fonds deeptech et un fonds venture capital classique ?

Un fonds venture capital classique investit souvent dans des startups avec des modèles économiques déjà validés, des métriques commerciales mesurables (ARR, CAC/LTV) et des horizons de sortie de 5 à 7 ans. Un fonds deeptech spécialisé, en revanche, accepte d’investir à des stades beaucoup plus précoces, sur la base d’une analyse scientifique rigoureuse plutôt que commerciale. Il dispose généralement d’équipes techniques capables de réaliser une due diligence scientifique approfondie, et ses véhicules ont des durées de vie plus longues (10 à 14 ans) pour s’adapter aux cycles de développement étendus. La tolérance au risque technologique et la compétence d’évaluation scientifique sont les deux différences fondamentales.

Comment une startup deeptech peut-elle maximiser ses chances d’obtenir un financement PE ?

Trois éléments sont déterminants. Premièrement, la clarté du chemin vers la commercialisation : les fonds PE ne financent pas la science pure mais la science applicable. Avoir une feuille de route précise avec des jalons technologiques et commerciaux chiffrés est indispensable. Deuxièmement, la force du portefeuille de propriété intellectuelle : des brevets déposés, des publications scientifiques reconnues et une expertise difficile à répliquer constituent des signaux forts. Troisièmement, l’équipe : une combinaison crédible de chercheurs de haut niveau et d’entrepreneurs expérimentés est souvent le facteur décisif. Les fonds PE deeptech savent qu’ils financent avant tout des femmes et des hommes capables de transformer une découverte en business scalable.

Le financement PE deeptech est-il accessible aux projets issus de la recherche publique (CNRS, CEA, INRAE) ?

Absolument, et c’est même l’une des spécificités du modèle français. Les SATT (Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies) jouent un rôle d’interface crucial entre les laboratoires publics et les investisseurs privés. Elles prennent en charge la structuration juridique (création de filiale, licensing IP), les dépôts de brevets initiaux et accompagnent les chercheurs dans leur transformation en entrepreneurs. Une fois ce socle posé, les fonds PE deeptech peuvent investir dans des conditions sécurisées. Des startups comme Mauna Kea Technologies (issue de l’Institut Curie) ou H2X Energy (issue du CEA) illustrent la viabilité de ce parcours. Le programme Émergence de Bpifrance est spécifiquement conçu pour financer ces premières étapes de maturation technologique.


Transformer la connaissance en action : votre feuille de route deeptech

L’écosystème du Private Equity deeptech français n’est plus un terrain réservé aux initiés. Il se structure, se professionnalise et s’ouvre à de nouveaux acteurs. Mais cette ouverture exige une préparation stratégique sérieuse. Voici comment avancer concrètement, que vous soyez entrepreneur, chercheur ou investisseur :

  1. Cartographiez votre position dans le spectre TRL. Identifiez précisément à quel stade de maturité technologique vous vous situez (TRL 1 à 9). Cette auto-évaluation honnête détermine quel type de financement est accessible et quelle narration vous devez construire pour les investisseurs.
  2. Construisez votre portefeuille de preuves scientifiques. Publications, brevets, collaborations académiques reconnues : chaque élément renforce la crédibilité de votre projet. Les fonds deeptech font une due diligence scientifique poussée — préparez-y votre dossier comme vous le feriez pour une publication dans une revue de rang A.
  3. Activez les ressources publiques avant le privé. ANR, SATT, BPI Innovation, i-Lab : ces dispositifs vous permettent d’atteindre un TRL suffisant pour intéresser les fonds privés sans dilution excessive. Ne brûlez pas les étapes.
  4. Rencontrez les fonds avant d’en avoir besoin. Les meilleures relations investisseur-entrepreneur se construisent sur la durée. Participez aux événements de l’écosystème (Vivatech, Forum French Tech, conférences sectorielles), et commencez à dialoguer avec les fonds 12 à 18 mois avant votre prochain tour de table.
  5. Construisez un conseil scientifique crédible. Pour les fonds, la composition de votre advisory board scientifique est un signal de qualité fort. Des chercheurs reconnus, des experts industriels et des entrepreneurs ayant déjà réussi dans votre secteur constituent un atout majeur dans votre pitch.
La deeptech française est à un tournant historique. Les outils de financement existent, les fonds se spécialisent, et l’appétit des investisseurs pour les technologies de rupture n’a jamais été aussi fort. La vraie question n’est plus « le capital est-il disponible ? » mais « êtes-vous prêt à construire le pont entre votre laboratoire et le marché ? »

Dans un monde où la souveraineté technologique est devenue un enjeu géopolitique de premier plan, les deeptech françaises ne sont plus simplement des opportunités d’investissement — elles sont des actifs stratégiques nationaux. Le Private Equity qui les accompagne ne joue pas seulement un rôle financier : il est l’architecte invisible d’une nouvelle industrie française.

Alors, quelle technologie de rupture êtes-vous prêt à financer, à créer, ou à porter jusqu’au marché ?

Investissement deeptech français

Article révisé par Ricardo Almeida, Spécialiste des investissements dans la zone économique atlantique et les Açores-Madère, le mai 29, 2026

Author

  • Chloe Dubois

    J'accompagne les startups deep tech et les PME innovantes dans leurs levées de fonds et leur développement stratégique. J'ai récemment structuré un tour de table de 18 millions d'euros pour une entreprise spécialisée dans les technologies quantiques. Mon expertise couvre l'évaluation de propriété intellectuelle, le financement de l'innovation et l'accompagnement opérationnel.

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